mardi 4 juillet 2017

Kodawari râmen





Le soucis de vraisemblance de l'espace marchand se connecte assez facilement à l'idée de la nostalgie d'un temps vécu ou transmis des générations précédentes. Ce qui est plus surprenant, c'est la nostalgie rapportée d'une autre culture et d'un autre temps. Ce que l'on y vend ici, cela n'est pas uniquement le produit, mais une expérience immersive, bref, une connivence partagée avec le client, faite d'un paquet de références.

Ce genre de démarche peut évoquer le parc Disney, à sa manière (avec les nombreuses références architecturales du parc).

représentation de l'étal d'un ancien magasin de jouet et bonbons...
Surtout connecté aux générations des années 50 à 70?

Dans le soucis de vraisemblance, Kodawari Râmen (le "ramen exigent") se place dans cette nostalgie d'un Japon fantasmé et condensé de signes de l'ère Showa d'après guerre. Bien sûr, le lien ne se fait ici qu'au travers d'une nipponophilie d'objets qui touche au cinéma, à la littérature, à l'expérience du voyageur ou de l'ancien résident.







Le décor est présent et les serveurs ont appris à dire irasshaimase. Je crois que l'un des cuisiniers est japonais, mais les propriétaires et initiateurs du projet, non.

Quant au produit, bon mais déstabilisant pour certains japonais qui regrettent le manque de "gras" du bouillon et le peu d'orthodoxie de la roquette ou petite tomate dans l'une des recettes.


jeudi 22 juin 2017

authenticités et de vraisemblance

La crainte d'une récurrence malheureuse me tiendra éloigné de Morphée pendant une semaine, avant de retourner en préfecture pour recevoir un nouveau passeport. Enfin ! Un événement qui ne serait sans doute jamais arrivé avant le fameux scannage des empreintes, système qui ne semble pas d'une fidélité absolue pour s'assurer de l'authenticité d'une identité. 

Après le soulagement, un sentiment étrange et une ébauche de réflexions sur l'authenticité et la vraisemblance, lequel questionnement devient une démarche artistique pour Raphaël F.(création très réaliste d'une "fausse photo" d'identité pour une "vraie" carte d'identité).

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Cela me rappelle mon arrivée à Paris et la surprise de voir des travaux dans des cafés pour en faire de "vieux troquets" comme neufs.

Notions d'authenticités et de vraisemblance : le quartier des Halles  n'en conserve que le nom, mais le père fouettard et le père tranquille continuent à se toiser de loin.




Le père tranquille : une grande terrasse pour un bistrot assez standard dans le quartier des Halles qui n'en finit pas de muter. La canopée, ses nouveaux équipements publics et ses ouvertures à la lumière, le jardin Nelson Mandela livré tranche par tranche, tout cela apporte une respiration, tandis que l'église de St Eustache se retrouve en réfection.

Et ce qui surprend toujours, c'est cette impression d'authenticité de la décoration dans le style années trente.

Note pour soi même : demander la prochaine fois à l'auguste serveur quelques informations sur le lieu, dont cette demi coupole surprenante à l'étage.



mardi 6 juin 2017

Enfin tsui ni

ついに

 
Entre deux dossiers, K m'appelle affolée, à la suite de la lecture d'une nouvelle inquiétante concernant des violences sur la place Saint-Michel, au cri de la Syrie. Elle se pose tant de questions : du motif, des raisons, de la crainte de répétitions ailleurs...
Sans nier la réalité des faits, la rapidité de transmission de l'information rend la société anxieuse.
Tenter de remettre les choses en perspective et lui promettre de venir la chercher. Et puisse le quotidien reprendre le pas le lendemain.

Reposant le téléphone, un sms m'avertit de la mise à disposition de mon passeport, trois semaines et demi après ma demande pour remplacer le précédent document égaré et périmé.

Sept années se sont passées avant que l'occasion de revenir au Japon se présente à nouveau.
Sept années qui m'ont traversé comme des particules entrainant au loin une partie de soi même.
Ainsi, les billets sont achetés et les congés posés. Il ne manque plus que le passeport.

Et paradoxalement, l'objet Japon ne m'aura jamais paru aussi lointain depuis.Avec toutes mes incertitudes, une distanciation suffisante s'est créée pour que je me demande ce que je souhaitais y trouver.
 
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Et puis...

"- Vous ne prenez pas de médicaments ?
 - Euh. Non."
 - Vous n'avez pas de jumeau ? Parce que si c'est lui qui s'est présenté pour le dépôt du dossier, vous présenterez des empreintes différentes."


lance l'agent de la préfecture de police : nous venons d'essayer mes empreintes avec trois machines différentes et force est de constater qu'elles ne correspondent pas avec ce qui est enregistré dans la puce.

" Il faudra donc revenir. Nous allons annuler ce passeport et en faire un nouveau. "

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Finalement... il faudra attendre encore un peu.
Eeto de Paris

mercredi 24 mai 2017

Strange feeling




J'ai enfin compris d'où venait cette obsession du chemin bétonné ouvert aux circulations douces dans les villes de banlieue : ceux ci constituaient une part de mon imaginaire, des routes pour mon vélo rouge, "tout terrain"  et pour mes souvenirs.

Un concert de K au conservatoire  de S fut l'occasion étonnante de revenir dans la ville mon enfance, une ville sans caractère particulier, si ce n'est d'être emblématique de ces villes pavillonnaires de banlieue, issues des politiques d'urbanisme des Villes Nouvelles. Avant 70, c'était un village semble-t-il.

Il n'y a rien de séduisant ici et pourtant, enfants, nous y décelions nos propres mystères. Je me souviens de nos aventures, de nos arcs artisanaux, de nos cachettes où nous hébergions des chats en cachette, des jeux de société que nous faisions et de la toponymie de notre monde disparu...

Cela m'évoque stranger things, un concentré des années 80 et du monde de l'enfance où le plaisir équivoque à regarder cette série est assez troublant... Je crois que l'habileté de ses auteurs tient surtout dans cette capacité à condenser tout une époque.



Eeto, de Paris 

vendredi 17 février 2017

Pokemons et nonchalence du quotidien





Le phénomène de l'application pokemon s'en est allé depuis longtemps mais la découverte d'une série de vêtements au couleurs de la série dans un magasin m'a rappelé la folie qui existait l'été dernier.

Le travail était alors parsemé de scènes un peu ubuesques qui enchantaient le quotidien :

B à sa collaboratrice M, laquelle tend son téléphone portable au delà de la fenêtre ouverte de son bureau :
" - Mais qu'est ce que tu fais ?
- J'essaie d’attraper l'arène*.
- La reine ? Quelle reine ?"

M surgissant dans mon bureau alors que je travaille sur un rapport :
" - Ne fais pas attention à moi, je cherche des pokemons."

L, un ami, dans un open space, voyant un collègue lever son portable à bout de bras :
" - Tu cherches le réseau ?
- Non. Un pokemon."

* lieu virtuel de combat de pokemons, semble-t-il. Il devait en exister un devant notre immeuble de bureau.


La folie, ou du moins, la nonchalance du quotidien, est sans doute ce qui me manque le plus. Le regard de certaines anciennes photos semble irréel et - oui - il y eu une période d'insouciance relative où les lendemains n'étaient pas à craindre.

Mais c'est que la vie à crédit est quelque chose d'antinomique avec la nonchalance de l'âge : d'un côté vouloir avancer le plus rapidement possible, et de l'autre côté souhaiter prendre son temps.

Enfin depuis peu un frémissement se passe et la fin d'année a été l'occasion de pouvoir effectuer quelques remboursements anticipés, posant les jalons d'un retour à la prise en main de sa propre vie, et d'un moyen de tourner la page.

Le sentiment est étrange et reste à apprivoiser.



mercredi 28 décembre 2016

Toutes ces choses dans la cuisine...II


D'aussi loin que je me rappelle, les sorties au restaurant eurent pour destination un restaurant asiatique : ma mère privilégiait des cuisines qu'elle avait dû mal à exécuter.

Avec le temps, elle développa son répertoire, nous faisant découvrir une palette de recettes extraordinaires.

Puis j'ai poursuivi cet intérêt par le biais d'une cuisine japonaise moderne et familiale, pour des raisons intimes. 

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C'est une cuisine au carrefour de plusieurs cultures et époques : le washoku traditionnel (poissons crus ou cuits, riz, algues, mijotés de légumes...), magnifiant les ressources de son territoire, la friture, venue du Portugal (le fameux tempura...), le yoshoku, alliant Japon et Occident (pasta au tarako ou "à la napolitaine" [uniquement de nom], le fameux riz hayashi, sorte de bœuf au vin...), les influences indiennes (curry...), coréennes (kimuchi...), chinoises, bien évidemment.

Ces différentes recettes se retrouvent dans un principe commun, celui d'un assaisonnement bien déterminé, le chômiryô (調味料) : sauce soja, vinaigre de riz, mirin (à l'origine saké sucré), saké pour la cuisine, dashi (bouillon fait à partir d'algue konbu et/ou de bonite séchée).... Même si l'assaisonnement est parfois caché : j'ai toujours adoré cette idée de kakushiaji (隠し味: littéralement, goût caché*).

Nous pourrions évoquer aussi des desserts à la croisée des chemins, à l'instar de ce fameux dorayaki, "sandwich" de pancakes à la pâte de haricots rouges sucrés, ou bien du casutela, cette génoise d'origine portugaise...

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A l'exception des variations japonaises de la cuisine chinoise, cette dernière fut mise de côté jusqu'à récemment avec la découverte de l'ouvrage "A la table d'une famille chinoise" par Eliane Cheung, suscitant des souvenirs culinaires de ma propre enfance **.

J'ai apprécié la générosité de ce recueil de recettes, remises en contexte d'une histoire familiale et d'une envie de transmission.

J'ai aussi aimé la beauté des illustrations, me permettant de me projeter plus facilement dans la réalisation d'une recette (qu'avec une photo).

Je me suis interrogé sur certains ingrédients ou préparations, au travers du prisme de la cuisine japonaise : similitudes et différences.

Et je me suis sans doute enrichi un peu.

EEto de Paris,


* concept dépassant mon utilisation du mot dans ce texte.
** sans avoir aucune racine orientale.

vendredi 25 novembre 2016

Toutes ces choses dans la cuisine...I


Peu de temps après notre arrivée, nous nous servons d'un petit apéritif, causant un peu avec le père, qui déballe ses foies gras faits maison - celui aux figues, celui aux poires -,  avant de nous glisser dans la cuisine.

Notre mère est aux fourneaux, faisant sauter un wok. Des odeurs de crevettes sautées à l'ail ouvrent l'appétit. Nous entamons une discussion sans se mettre en travers de son chemin - elle souhaite ne pas être gênée dans ses mouvements, mais apprécie beaucoup de parler pendant ces moments là -. La cuisine maternelle a toujours été un point de ralliement...

Né dans une famille française tout ce qu'il y a de plus ordinaire, j'ai eu la chance d'avoir une mère bonne cuisinière et curieuse des cuisines de l'Orient.

Dernière d'une famille de six enfants, sa mère n'avait jamais eu le temps de lui apprendre ses recettes. Elle a développé son goût et son talent sur le tas, mais aussi avec l'aide d'un fameux livre de recettes de Françoise Bernard, livré avec la cocotte minute Seb.

Les recettes de Françoise Bernard, c'est le bréviaire culinaire des familles françaises moyennes d'une époque (des années 60 à 80 sans doute), un peu postérieure aux générations Ginette Mathiot.


C'est aussi le livre qu'elle m'a offert quand j'ai pris mon indépendance.